L’esprit de ramadhan

mardi 17 août 2010

Par Kamel Meziti, du GRIC PARIS*

De la reconnaissance sociologique à l’émergence économique

Tout ou presque a été dit sur ce moment fort du calendrier musulman. Aujourd’hui, Ramadhan, cette période de jeûne, manifestement de plus en plus suivie par les fidèles musulmans comme le révèle un récent sondage [1], a intégré le paysage sociologique et économique de l’hexagone. Sa visibilité cultuelle et culturelle s’en est d’autant accrue pour nos concitoyens et déborde depuis quelques années la sphère purement religieuse. Les grandes enseignes, devant une demande croissante en produits halal, ont compris l’enjeu et proposent depuis des années déjà des gammes culinaires de plus en plus élaborées à une clientèle considérée désormais comme une part de marché non négligeable, surtout durant le Ramadhan [2]. Alors que le Bio pèse en France 3 milliards, le halal est évalué à 5,5 milliards d’euros en 2010 et enregistre une progression de plus de 10% en 2009. Les Grandes et Moyennes Surfaces (GMS) sont les premiers bénéficiaires avec plus de 80% des ventes valeur (4,5 milliards d’euros) le reste étant le fruit de la Restauration Hors Domicile (RHD). Notre pays jouit en effet d’une position privilégiée car elle abrite une large population musulmane [3]. A l’échelle mondiale, ce marché représenterait 500 milliards d’euros et 67 milliards en Europe [4]. Mais au-delà de ces considérations très terre-à-terre, très sonnantes, diront certains, le Ramadhan, quatrième pilier de l’islam, incarne avant tout, pour les musulmans, un effort spirituel sur soi-même et ne peut être réduit à une simple pratique superficielle du jeûne.

Démarche intérieure et élévation spirituelle

Invité récemment à m’exprimer à ce sujet sur les ondes d’une radio chrétienne, j’expliquais que le jeûne ou siyam est intrinsèquement une démarche intérieure ; il ne se manifeste pas par une action extérieure, à l’instar des mouvements de la prière ou des actes rituels du pèlerinage par exemple. Cet acte qui implique le for intérieur et incite à l’humilité et à la sincérité appartient non pas au jeûneur mais à Dieu Lui-même selon une célèbre formule prophétique : « Toute bonne œuvre est une expiation. Le jeûne m’appartient et c’est Moi (Dieu) qui le récompense ».

Cette pratique ancestrale du jeûne est intégrée dans le dogme même de l’islam, et dès la seconde année de l’Hégire devient une prescription coranique pour la jeune communauté des croyants : « O vous qui croyez ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédé. Ainsi atteindrez-vous la piété » (S.2, V.183)

Voir la suite sur le site de Oumma.com

*Kamel Meziti est Docteur en Histoire (Paris-Sorbonne), Directeur du culte musulman de la Marine Nationale Française, Membre du Groupe de Recherche Islamo-Chrétien (Paris) et Membre de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix


[1] Sondage IFOP du 9/08/2010 selon lequel « 70% des musulmans affirment pratiquer le jeûne en 2009 » contre 60% en 1989.

[2] Période très propice à la consommation de produits labellisés halal

[3] Le chiffre de 6 millions de personnes de culte ou de tradition musulmane semble être une estimation plausible

[4] Voir notamment le site www.marketing-pgc.com/2010/0…



Navigation

Brèves de la rubrique